Champions Cup: UBB-Toulouse, quart fratricide, duel alléchant
"Finale avant l'heure" comme les deux équipes l'ont qualifiée, l'affiche Bordeaux-Bègles - Toulouse dimanche (16h00) ne sera qu'un quart de Champions Cup, mais pas n'importe lequel si on se fie à leur passé récent, leur dynamique et leur casting.
Trente-trois points d'écart (59-26) pour le sextuple champion d'Europe toulousain face à Bristol, 50 points (64-14) pour le tenant du titre bordelais face à Leicester le lendemain, alors que les six autres 8e de finale du week-end dernier ont accouché d'un écart moyen de 8 points: quelle infortune pour l'organisateur de l'épreuve et les supporters français de perdre un tel représentant si tôt!
On ne peut alors que ressasser le parcours chaotique de Toulouse en poules avec ces deux revers à Glasgow (28-21) et aux Saracens (20-14) malgré le retour aux affaires d'Antoine Dupont. Deux contre-performances qui obligent les Rouge et Noir à se déplacer dès les quarts, chez l'UBB, qui avait elle enchaîné un quatre à la suite parfait en affolant les records (13 victoires européennes consécutives, 19 matches européens de suite avec au moins quatre essais inscrits).
Mais cette semaine, de part et d'autre, il a surtout été question de revanche, en souvenir de mai 2025 et de l'élimination toulousaine, sans Dupont, ni Ramos, ni Mauvaka, contre ces mêmes Girondins en demi-finale de la Champions Cup (35-18).
"Il y avait des regrets dans la sensation de ne pas avoir joué à notre niveau, de ne pas avoir montré notre vrai visage", a souligné le N.9 de Toulouse et des Bleus.
- Louanges et intox à la Novès -
Par micros interposés, on s'est pourtant envoyé des louanges, avec beaucoup d'humilité pour ne pas donner de grain à moudre au camp d'en face. Et on a retenu cette petite alerte au genou gauche de Matthieu Jalibert, soulignée par Yannick Bru, que beaucoup ont pris pour de l'intox potentiellement digne d'un certain Guy Novès, ex-manager toulousain et mentor des deux managers.
Car depuis cinq ans, UBB-Toulouse est devenu un classique passionné.
A Bordeaux, que ce soit au Stade Atlantique lors des quatre dernières venues des Toulousains, ou à Chaban, le bouillonnant antre unioniste, pas besoin de sono pour mettre l'ambiance. On vibre au jeu léché mis en place par l'Irlandais Noel McNamara, aux accélérations diaboliques de Louis Bielle-Biarrey, aux prises d'initiatives de Jalibert, aux charges dévastatrices de +Big+ Ben Tameifuna.
Autant de facteurs qui ont permis à l'élève bordelais de se rapprocher du maître haut-garonnais, "modèle et source d'inspiration" pour le président Laurent Marti, qui en a porté les couleurs étant jeune.
Un maître qui reste "encore supérieur dans l'expérience de ce genre d'événements, avec un passé de succès qui te donne une force tranquille", selon Bru, l'ex-talonneur à succès de la Ville Rose.
- Jeu de mains, jeu de... -
Ce quart mettra aux prises pas moins de 38 internationaux et proposera des duels à tous les étages: chaud devant, avec les géants d'origine australienne Adam Coleman (2,07 m) et Emmanuel Meafou (2,03 m), show derrière avec l'opposition détonante en N.13 entre Damian Penaud et Kalvin Gourgues.
La fiabilité des buteurs sera également scrutée, comme lors de la dernière finale de Top 14 au Stade de France (39-33 a.p.) durant laquelle le Toulousain Ramos (24 points) avait été déterminant face à Maxime Lucu (18 points).
Le slogan +jeu de mains, jeu de Toulousains+, revendiqué et même brodé à l'intérieur du col de leurs maillots, a connu une variante la semaine dernière, en un "jeu de mains, jeu de Girondins" qui rime bien aussi après les 27 +offloads+ (passes après contacts) de l'UBB contre Leicester, un atout qui limite les passages au sol. Utile pour éviter ce secteur où les Toulousains et leur gratteur anglais Jack Willis excellent.
Cela fait longtemps enfin qu'on ne parle plus d'opposition de styles tant les deux rivaux se sont rapprochés au niveau du jeu, même si chaque rendez-vous est l'occasion de relancer le débat Ntamack - Jalibert, un marronnier lassant à entendre Ramos: "Profitons plutôt d'avoir des bons N.10 en France, plutôt que de vouloir à chaque fois envoyer une pique à l'un ou à l'autre".
F.Lewis--CT