Calgary Tribune - Un septuagénaire écroué pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs, et deux meurtres

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Un septuagénaire écroué pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs, et deux meurtres
Un septuagénaire écroué pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs, et deux meurtres / Photo: Timothée PIRON - AFP

Un septuagénaire écroué pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs, et deux meurtres

"Un cas d'école de sérialité": le parquet de Grenoble a lancé mardi un vaste appel à témoins après l'interpellation d'un homme de 79 ans, soupçonné de viols et agressions sexuelles aggravés commis sur 89 mineurs dans plusieurs pays entre 1967 et 2022, ainsi que du meurtre de sa mère et de sa tante.

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Il s'agit d'un dossier "un peu singulier" a euphémisé le procureur de Grenoble Etienne Manteaux, qui a tenu à rendre publique l'identité du suspect, Jacques Leveugle, né en 1946 à Annecy. "Ce nom doit être connu" pour permettre à d'autre victimes éventuelles de se manifester, a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

L'affaire de ce "personnage particulièrement complexe" qui aimait se présenter comme un "boy-lover", est arrivée sur le bureau des enquêteurs de Vizille (Isère) en 2022 lorsque le neveu du suspect, qui avait des "soupçons" quant aux agissements de son oncle, leur a remis des clés USB lui appartenant.

Ils y ont découvert "15 tomes très denses" de mémoires dans lesquels il apparaît que l'homme s'était livré pendant des décennies à des rapports sexuels avec des garçons mineurs de 13 à 17 ans en France métropolitaine, en Nouvelle-Calédonie et d'autres pays: Algérie, Suisse, Allemagne, Maroc, Niger, Colombie, Philippines, Inde et Portugal.

"Il a parcouru ces différents pays et dans chacun de ces lieux où il va s'installer pour faire du soutien scolaire, être enseignant, il va rencontrer des jeunes et il va avoir des relations sexuelles" avec eux, détaille le procureur. Les enquêteurs recensent 89 victimes à ce jour.

Jacques Leveugle, "cultivé et charismatique", prenait ces jeunes sous son aile et procédait par "séduction intellectuelle" auprès des mineurs. Il se voyait "comme un Grec antique formant de jeunes éphèbes", rapporte M. Manteaux.

- Meurtres -

L'ancien éducateur, qui n'avait pas de casier judiciaire, a été mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés. Il est actuellement en détention provisoire, a précisé M. Manteaux.

Mais le septuagénaire admet également dans ses mémoires avoir volontairement donné la mort à deux personnes: d'abord à sa mère en 1974, alors qu'elle souffrait d'un cancer en phase terminale à Maisons-Laffitte (Yvelines), qu'il a "étouffée avec un coussin" afin "d'abréger ses souffrances".

Puis en 1992 c'est le tour de sa tante, résidente en Suisse à laquelle il était "très lié", avec le même mode opératoire. Âgée de 92 ans, elle n'était pas malade mais "vulnérable et fragile" mais il a décidé "de lui donner la mort également", selon M. Manteaux.

Le prévenu "légitime son passage à l'acte en considérant qu'il aimerait bien qu'on lui fasse la même chose s'il se trouvait dans cette situation de fin de vie", a encore expliqué le magistrat. Les deux meurtres font désormais l'objet d'une enquête distincte.

- Prescription -

Dans le dossier des viols et agressions, à ce jour environ 150 personnes ont été entendues, mais à ce jour seulement deux ont décidé de se porter partie civile, a indiqué le procureur à l'AFP.

"Il y a une vraie ambivalence des victimes, c'est un peu la singularité de ce dossier" a expliqué le colonel Procédès, évoquant un phénomène "d'emprise", une "toile tissée par cet homme autour de chacun des jeunes, où il s'investissait intellectuellement pour mieux assouvir ses pulsions sexuelles".

L'appel à témoins vise ainsi à "aller chercher" des victimes non identifiées, ou qui n'apparaissent dans les documents "que par leur surnom ou leur prénom", a expliqué M. Procédès.

Car de fait, "le temps presse", a souligné le procureur, évoquant l'âge du prévenu mais aussi les questions de prescription pour les crimes sexuels dont il est soupçonné (20 ans après la majorité jusqu'en 2018 et 30 ans depuis) et qui excluraient ainsi "a priori" les faits commis avant 1993.

"Si des victimes souhaitent se manifester, qu'elles le fassent maintenant, parce qu'il faudra, dans l'année 2026, clôturer cette information judiciaire", a-t-il conclu.

M.Stewart--CT