Calgary Tribune - A New York, le souvenir d'un Tibétain en exil immolé par le feu

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A New York, le souvenir d'un Tibétain en exil immolé par le feu
A New York, le souvenir d'un Tibétain en exil immolé par le feu / Photo: Angelina Katsanis - AFP/Archives

A New York, le souvenir d'un Tibétain en exil immolé par le feu

Personne ne savait ce que Lobga Rangzen préparait. Ni son ami de longue date, ni sa nièce, qui apprit par une connaissance que son oncle, militant pro-tibétain, s'était immolé par le feu devant le siège des Nations unies à New York.

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Tenzin Choekyi, 21 ans, a d'abord cru à un simple accident. Mais quand elle a compris que son oncle, à 52 ans, s'était suicidé par le feu, la jeune fille a été submergée par une "vague de terreur".

Les compagnons d'exil de Lobga Rangzen, qui se battent pour attirer l'attention internationale sur leur opposition aux autorités communistes chinoises et à l'annexion du Tibet par la Chine en 1951, ont accueilli son décès avec chagrin et respect.

Ils ont érigé un autel de fortune sur le lieu de sa mort au pied de l'ONU, recouvert de fleurs et de khatas, ces étoles blanches traditionnelles, devenu un point de ralliement pour les militants tibétains.

"Son décès a insufflé à beaucoup d'entre nous, Tibétains, la ferveur d'agir", affirme Jampa Choedup, un moine qui connaissait Lobga Rangzen depuis 1997 et l'avait vu la veille de sa mort.

Quelque 170 personnes se sont immolées par le feu entre 2009 et 2022, principalement en Chine, mais aussi en Inde et au Népal pour protester contre la répression sanglante des manifestations de 2008 au Tibet.

Depuis, le contrôle de la Chine n'a cessé de se renforcer. Une loi sur l'"unité ethnique" qui, selon ses détracteurs, ne fera qu'aggraver la situation des droits des minorités, est entrée en vigueur la veille de la mort de Lobga Rangzen, début juillet.

"Il ne l'a pas fait au hasard", déclare Jigme Ugen, président du Congrès national tibétain en exil, au sein duquel Lobga Rangzen dirigeait la section de New York et du New Jersey et était une figure incontournable des manifestations devant l’ONU et le consulat chinois. "Il s'était clairement préparé".

La vidéo de sa mort, diffusée en direct, montre un homme traversant d'un pas décidé la rue, vêtu d'une chuba, une robe traditionnelle, et plantant un drapeau tibétain devant l'ONU. Il s'embrase ensuite dans une flamme d'où s'échappe une fumée noire. Un agent de sécurité de l'ONU se précipite, trop tard, avec un extincteur.

Lobga Rangzen a été déclaré mort environ une heure plus tard à l'hôpital.

- "Servir la lutte" -

Les autorités chinoises considèrent le Tibet comme une partie historique et inaliénable de la Chine et rejettent toute revendication d'indépendance. Elles exercent sur la région et les citoyens d'ethnie tibétaine un contrôle draconien. Les défenseurs des droits humains rapportent une répression accrue ces dernières années.

Les autorités chinoises rejettent ces accusations. Elles assurent respecter les différences ethniques et religieuses protégées par la loi. Et Pékin invoque les nécessités de la lutte contre les activités séparatistes. La Chine objecte aux critiques les progrès de l'économie grâce à des investissements massifs dans des secteurs comme l'énergie et le tourisme.

Lobga Rangzen a été le premier Tibétain à s'immoler par le feu aux Etats-Unis, où vivent environ 25.000 Tibétains, pour la plupart des disciples du chef bouddhiste, le dalaï-lama, qui a fui le Tibet pour l'Inde en 1959.

Jampa Choedup, le moine, a raconté à l'AFP que la veille de sa mort, Lobga Rangzen avait évoqué la responsabilité individuelle des Tibétains dans la quête de la liberté.

Dans sa vidéo d'adieu de six minutes en tibétain, diffusée après son décès, il explique avoir agi "pour la nation tibétaine", assis en tailleur, la sueur perlant sur son front: "Il n'y a pas lieu de me pleurer".

Jeune homme, Lobga Rangzen, de son vrai nom Lobsang Palden, a quitté le Tibet pour le sud de l'Inde, avant de s'installer aux Etats-Unis en 2006, à New York. Il avait alors choisi de porter le nom "Rangzen", qui signifie "indépendance" en tibétain.

Il a enchaîné plusieurs emplois avant de devenir chauffeur Uber.

Il avait confié à Jigme Ugen qu'il était "marié au mouvement" et que ses ancêtres s'étaient battus contre la Chine.

Si le dalaï-lama a exprimé sa tristesse et remis en question l'efficacité de telles manifestations, certains universitaires lui ont reproché de ne pas tenter de mettre fin à cette pratique.

Pékin a accusé le dalaï-lama de "glorifier" les immolations par le feu.

Après la mort de Lobga Rangzen, le chef du gouvernement tibétain en exil, Penpa Tsering, a exhorté tous les Tibétains à "chérir" leur vie.

"Bien que nous rendions hommage à son dévouement, la vie humaine est précieuse et doit être préservée pour servir la lutte à long terme pour le Tibet", a-t-il réagi dans un communiqué.

F.Kelly--CT